Démarrer un allaitement : expérience et conseils

C’est un article un peu particulier que je vous propose aujourd’hui et qui vient inaugurer une partie plus personnelle de ce blog. Cette fois, nous n’allons pas parler de rangs et de nombre de mailles mais bien d’allaitement. Il y a énormément de récits d’allaitement sur internet, d’articles plus « techniques »… mais il y a tout de même un tas de petites (et grandes) choses que je ne savais pas et qui auraient pu m’être utile. Je viens donc à mon tour partager mon expérience et mes conseils allaitement tout en précisant bien que chaque histoire est différente et qu’il n’existe aucun guide de l’allaitement parfait (ça se saurait !).

Allaiter ou ne pas allaiter ?

Lorsque j’étais plus jeune et que je n’avais pas encore vraiment envisagé d’avoir des enfants je me disais que non je n’allaiterai pas. Sûrement parce que ma mère ne l’avait pas fait mais aussi parce que je trouvais cela plus simple pour garder un équilibre et répartir le taux de fatigue entre papa et maman. Soit.

Puis, le temps a passé et la société a évolué. Il me semble que l’allaitement est redevenu un peu plus « à la mode », du moins, ses bienfaits ont davantage été mis en avant. Et de mon côté je n’envisageais plus trop de donner du lait artificiel à mon futur bébé alors que mon corps m’offrait la possibilité de créer le lait le plus naturel qui soit, bon et sans risque d’allergie. Cela me semblait plus simple que de devoir, éventuellement, chercher le bon lait, celui qui ne ferait pas souffrir mon bébé, qu’il arriverait à digérer facilement, etc. Je vois aussi dans cette dernière pensée une influence de la société qui semble nous faire part depuis quelques années de beaucoup plus de troubles liés aux laits artificiels. Troubles qui existent pourtant probablement depuis des décennies dans des proportions identiques voire plus importantes étant donné que la gamme de laits artificiels s’élargit d’années en années.

Qu’importe d’où me vient cette volonté, il se trouve qu’elle était toujours présente lorsque je suis tombée enceinte et que mon conjoint était d’accord, nous allions essayer mais sans pression. Je ne voulais pas faire de l’allaitement un combat, quelque chose que je devais à tout prix réussir, non. J’avais entendu beaucoup de personnes dire que c’était difficile, qu’il fallait être prêt à cela et que l’envie d’abandonner pourrait se faire sentir avant que « ça roule » et que nous puissions profiter des avantages.

Les choses étaient donc claires dans ma tête mais j’ai quand même voulu me renseigner un peu plus sur ces fameuses difficultés dont on entend si souvent parler. Je voulais savoir à quoi je devais m’attendre pour pouvoir garder le cap lorsque les choses se corseraient. J’étais enceinte, il valait mieux s’occuper de ça maintenant qu’après plusieurs nuits blanches à galérer avec mon tout petit.

En quête d’informations

Me voilà lancée : articles de presse, de blog, vidéos YouTube, questions aux mamans que je connais… j’ai multiplié les sources pour avoir une vue d’ensemble.

Voici ce que j’ai retenu de ces recherches :

  • L’allaitement peut faire mal mais cela ne doit pas durer plus d’une minute après le début de la tétée. Si c’est le cas, c’est probablement lié à une mauvaise position, il ne faut pas se dire qu’on va s’y habituer mais corriger le soucis. Il faut alors voir comment bébé prend le sein, sa bouche doit être bien grande ouverte, il ne doit pas venir nous pincer le sein.
  • Les premiers jours de vie, c’est du colostrum qui est produit par nos seins, un « lait » très très riche et excellent pour nos petits.
  • Après quelques jours, la montée de lait arrive, elle peut être un peu douloureuse et exciter bébé qui risque alors d’être très demandeur.
  • Pour savoir si la tétée est efficace, il faut entendre bébé déglutir. Ressentir des contractions est également signe que bébé boit bien car de l’ocytocine est libérée quand le lait sort. C’est cette hormone qui provoque les contractions qui aident l’utérus à se remettre en place.
  • Offrir le sein au bébé lorsqu’il le demande, ne pas se fixer d’horaires mais écouter ses besoins
  • On peut donner le sein dans différentes positions, il faut être à l’aise pour ne pas risquer de se crisper ou de se faire mal et que bébé le ressente.
  • Pour bien grandir, il est important que bébé prenne du lait de fin de tétée qui est plus gras, contrairement au lait de début de tétée qui est plus hydratant. Pour cela, veiller à ce qu’un sein soit bien « vidé » avant de proposer le second.
  • Des « pics de croissance » surviendront à différents stades de la vie de bébé (7 jours, 3 semaines, 6 semaines, 3 mois, 6 mois…). Durant ces moments il réclamera le sein énormément de fois dans la journée pendant 24 à 72 heures. On aura peut être l’impression de « ne pas avoir assez de lait » mais il ne faut rien lâcher et ne pas douter. La situation est normale, le lait et la production doivent évoluer et c’est bébé qui vient « créer » cette évolution par sa demande. Il faut donc le laisser téter à la demande.
  • Garder le cap et ne pas se laisser influencer par l’entourage et la fatigue. On risque d’entendre toute sorte de remarques, il faut se faire confiance car on en est capable et notre corps aussi.

Je crois que cela résume assez bien ce que j’avais en tête avant mon accouchement et aussi ce que j’ai partagé avec le papa, en lui demandant bien de m’aider, de m’inciter à continuer si à un moment je voulais arrêter. Je savais que la fatigue pouvait nous jouer des tours !

Je n’étais donc pas ignorante, sans pour autant avoir épluché tous les livres sur l’allaitement. Je restais à ce moment-là tout de même plus préoccupée par ma grossesse, la naissance de mon fils et notre rencontre (et aussi mes tricots :D) que par mon allaitement !

Le début de l’aventure

Vient ensuite le moment où bébé va arriver, ça y est, enfin ! On me demande si je souhaite allaiter, je réponds que oui. La maternité est plutôt « pro-allaitement », j’espère donc recevoir de bons conseils et ainsi bien démarrer mon allaitement.

Mon tout petit naît, par césarienne, c’est un peu difficile à accepter mais je demande si je pourrai  tout de même faire la tétée d’accueil, la réponse est positive, je suis soulagée. En salle de réveil, on m’amène donc mon fils et il réussi à téter. Pour moi c’est un pas de plus vers le début de cet allaitement : « ça fonctionne ».

Puis, ça y est, nous sommes ensemble dans la chambre, la vie à trois commence et il va falloir nourrir ce petit bébé. Oui, mais comment ? Je ne sais pas trop, je lui propose le sein lorsqu’il est réveillé, qu’il s’agite un peu. Le premier jour il dort tout de même beaucoup et ne tète pas tant que ça.

Je n’ai pas trop de douleurs aux tétons, un petit peu, mais ça me semble largement supportable. J’entends mon fils déglutir et je ressens des contractions, c’est certain, il boit !

Les sages-femmes passent plusieurs fois pour « voir » et « contrôler » que tout se passe bien. Elles s’intéressent surtout à mon fils, elles l’entendent déglutir, pour elles tout se met correctement en place. Oui, mais le temps passe, je me demande de plus en plus si ma douleur est normale, je ne sais pas, c’est dur à évaluer, je n’ai pas très mal mais un peu… Je suis un peu perdue.

Et surtout je vois que mon fils « préfère » un sein à l’autre, sur celui-ci c’est beaucoup plus facile, et il apparaît clairement plus satisfait en fin de tétée. Je n’arrive pas trop à le mettre sur l’autre, j’essaie mais quand il s’énerve je le repasse sur le premier. J’en fait part aux sages-femmes qui me disent qu’il vaudrait mieux qu’il prenne les deux mais sans me dire grand chose de plus.

J’ai également envie d’en savoir plus sur les positions car pour le moment je ne le nourris qu’en étant assise dans mon lit et cela m’épuise, surtout la nuit. J’aimerais essayer allongée mais seule et même avec l’aide du papa c’est difficile, on ne sait pas trop comment s’y prendre. Et comme bébé n’est pas un jouet mais bien vivant et affamé je finis souvent par reproduire ce que je sais faire : assise, sein préféré à disposition !

Malgré ma fatigue j’ai bien conscience que dans quelques jours je serai seule chez moi avec mes galères… je finis donc par appeler une sage femme, la nuit, pour lui demander de me montrer comment faire allongée et sur le sein boudé car il me faut une solution pour que celui-ci « serve » aussi. Elle est douce et gentille, elle fait de son mieux mais ne parvient pas à faire téter mon fils sur le sein malheureux. En revanche allongée et sur l’autre sein, cela fonctionne. J’ai au moins appris une nouvelle position cette nuit là.

Les jours passent et en journée je m’acharne pour que bébé goûte le sein malheureux, cela fonctionne un peu mieux mais je sens bien qu’il obtient moins de lait. Je dis quand même à l’équipe que la situation s’améliore, personne ne s’attarde sur le sujet, il me semble que le plus important pour eux c’est la forme et le poids du bébé.

C’est là que nous constatons à la pesée que bébé a perdu du poids, pas trop, juste ce qui est « autorisé ». Et là, j’entends une des puéricultrices dire à une autre maman que le premier mois le bébé doit téter 8 à 10 fois par jour ! Je comprends alors que mon fils ne tète sans doute pas assez souvent. On passe donc au plan « allaitement +++ » et je passe les 24 heures suivantes à veiller à ce que mon fils mange assez et surtout assez souvent. Le lendemain il a déjà repris un peu de poids et nous sommes autorisés à sortir.

Le retour à la maison

Nous rentrons à la maison et nous continuons notre aventure lactée. Cela se passe plutôt bien même si j’ai un petit peu mal au sein favori qui est toujours plus sollicité bien que j’essaye au maximum de revenir à l’équilibre. Une sage-femme passe plusieurs fois à la maison, notre fils grossit bien, pour elle aussi, cela fonctionne bien !

Puis après une première semaine je passe une nuit compliquée, j’ai mal à la tête, de la fièvre, des courbatures… et surtout très mal au sein délaissé. Je suis épuisée… heureusement la sage-femme vient ce jour-là. Je sais que ce type de douleur peut survenir en cas d’engorgement, je me décide donc à lui en parler. Elle regarde alors ma poitrine et constate qu’il y a en effet un petit engorgement. Je lui explique la situation du sein préféré… et là elle m’explique que bébé n’a pas assez stimulé l’autre sein, il est donc engorgé (le lait ne passe plus bien), mes deux seins ne sont pas rendus au même stade. Pour éviter que cela ne s’aggrave je dois donc extraire du lait à l’aide d’un tire-lait électrique jusqu’à obtenir une bonne quantité et ne plus sentir l’engorgement dans mon sein. Elle est un peu étonnée que la maternité ne m’aie pas proposé de le faire lorsque j’étais encore là-bas, cela m’aurait évité bien des soucis. On ne m’en a absolument jamais parlé, forcément je suis un peu énervée mais surtout épuisée.

J’ai une ordonnance que m’a donné mon gynéco en sortant de la maternité pour obtenir un tire-lait électrique en location. Sauf que nous sommes samedi, il est 18h et je dois absolument trouver ça rapidement si je veux résoudre mon souci. Je cours donc les pharmacie et finis par trouver mon bonheur.

Je tire ensuite mon lait pendant 24h, mon sein se détend et je vois bien la couleur du lait que je tire change. On passe d’un beau jaune (colostrum) à un blanc crème plus clair. Il devient alors beaucoup plus facile pour mon fils de téter ce sein qui va pouvoir revenir dans la course et donner lui aussi du bon lait bien nourrissant !

Tire-Lait électrique double pompage Lactina de Medela

Une fois ce souci résolu nous avons pu continuer plus sereinement tout en continuant notre apprentissage. Je suis assez d’accord avec ce que l’on peut entendre, il faut environ 1 mois pour être à l’aise et ensuite cela devient bien plus simple et enfin agréable.

Aujourd’hui l’aventure est toujours en cours pour nous, nous sommes fiers de nous être accrochés. Personnellement je suis très contente de mieux connaître mon corps, de savoir de quoi il est capable et c’est sans hésiter et avec beaucoup plus de confiance que je me lancerai de nouveau si j’ai d’autres enfants.

Ce que j’aurais aimé savoir / mes conseils allaitement

  • Bébé doit téter souvent pour stimuler la lactation, alors certes à la demande c’est bien mais avoir un ordre d’idée avant la veille de la sortie m’aurait bien aidé : 8 à 10 fois par jour le premier mois ! Je ne savais pas que c’était autant et c’est sans doute pour cela que mon fils a perdu pas mal de poids au début. Il était pourtant beaucoup éveillé en journée mais ne réclamait pas toujours et en tant que maman super débutante je ne savais pas non plus repérer tous les signes de faim.
  • Les deux seins doivent être stimulés de façon égale. Sinon, la montée de lait ne va se faire que sur un sein et l’autre risque de s’engorger, devenir de plus en plus dur et il sera difficile pour bébé d’obtenir quelque chose du sein laissé de côté qu’il délaissera encore plus… c’est un cercle vicieux !
  • Au début, proposer les deux seins à chaque tétée, même si parfois bébé semble satisfait avec un seul on peut être étonné de voir qu’un changement de côté le stimule et qu’il a en fait encore faim. Cela peut évoluer et peut être que plus tard votre bébé ne prendra qu’un sein à la fois, chaque aventure est différente.
  • On ne reconnaît pas toujours de manière certaine la montée de lait et elle n’est pas forcément douloureuse.
  • Le bébé doit lui aussi apprendre à téter, il n’est pas expert et il faut le guider. C’est pourquoi, au début, il vaut mieux tenir notre sein dans une main, bébé dans l’autre et lui amener le sein. En faisant glisser le téton sur son nez puis vers sa bouche il a le réflexe d’ouvrir sa bouche en grand. Ainsi la position est bien meilleure.
  • Il existe des vidéos pour mieux appréhender les positions de l’allaitement. Les vidéos de la chaîne YouTube Sikana FR sont très précises et m’ont vraiment aidé.
  • Le lait maternel guérit de nombreux maux. Par exemple, en cas de petites gerçures au niveau des tétons, faire des compresses de lait maternel fonctionne bien (testé et approuvé). Pour cela verser un peu de lait maternel sur une compresse, la placer sur le sein et la recouvrir de film alimentaire. Laisser ensuite poser jusqu’à la prochaine tétée et renouveler le « pansement ». On peut aussi se servir du précieux nectar pour soigner les fesses rouges, aider une plaie à cicatriser, etc.
  • Faites-vous prescrire un tire-lait électrique, ça ne coûte rien (simplement un chèque de caution qui n’est pas encaissé), c’est remboursé par la Sécurité Sociale. Et surtout allez le récupérer dès que vous quittez la maternité, demandez à votre conjoint d’y aller, peu importe mais il est quand même beaucoup plus pratique de l’avoir sous la main « au cas où ».
  • Ce qu’on dit sur les pics de croissance est vrai, ce sont des moments fatigants durant lesquels il faut s’accrocher car on a l’impression de ne faire que ça. Savoir que ça va passer est vraiment salvateur, grand maximum 3 jours et les choses s’amélioreront.

Pour finir, je pense pouvoir dire que les recherches que j’ai effectuées avant mon accouchement m’ont été utile. Sans celles-ci, j’aurais été vraiment perdue à la naissance de mon fils car, à la maternité, on ne m’a quasiment donné aucun conseil pour bien réussir mon allaitement. Avec du recul je trouve cela presque choquant, si je n’avais pas été si curieuse cette aventure se serait peut être arrêtée bien plus tôt. Je ne jette pas la pierre aux équipes soignantes qui étaient investies dans leur travail et plutôt à l’écoute. Alors, s’agit-il d’un manque de formation ? Ou bien sont-elles tellement baignées dans cet univers qu’elles ne se rendent pas compte que les mamans débutantes n’ont pas forcément toutes les clés pour réussir ? Je n’ai pas la réponse… mais c’est sans doute cela qui me pousse aujourd’hui à publier cet article assez personnel. Si cela peut aider ne serait-ce qu’un parent à se lancer ou à garder confiance alors j’aurais réussi ma minuscule mission !

Si vous souhaitez échanger sur le sujet, n’hésitez pas…

© Illustration – Elen Lescoat

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